Penser la crise :quelles perspectives pour la France de 2009 ?
Devant une conjoncture qui prend tous les acteurs économiques et politiques de court, il faut penser la crise, raisonner et surtout, agir
I) La crise financière
Difficile de faire le tri des constructions intellectuelles, des schémas d'explication qui sont souvent des rideaux de fumée. Je ne vous parlerais par de la mécanique bien connue : les subprimes, Lehman Brothers, les problèmes de liquidités etc il faut toutefois savoir que les subprimes n'ont pas du tout provoqué la crise mais constituent plutôt le maillon faible, le 1° à lâcher.
Nouveauté de la crise :
1) elle est ubiquiste. « Tous n'en mourraient pas mais tous étaient frappés » .On assiste à une contagion internationale comme en 1929 mais la nouveauté réside dans le fait que l'implosion est simultanée : on pensait , comme pour le nuage de Tchernobyl, que la crise s'arrêterait aux frontières de l'Europe. Erreur de la croyance au découplage. Non seulement toute la zone est touchée, mais il apparaît qu'elle le sera plus fortement qu'aux Etats-Unis, que la dépression y sera plus rude. Certains pensaient également que les pays émergents seraient spectateurs. Ils sont pourtant touchés car très dépendants des exportations. La Chine qui évolue dans une immense bulle immobilière connaît un fort ralentissement de sa croissance
2) Les instruments classiques de correction sont impuissants. Les politiques de relance sont inefficaces faisant apparaître la faillite du keynésianisme (on oublie d'ailleurs trop souvent que le New Deal a été un échec cuisant). Depuis Keynes on pensait avoir éradiqué les crises systémiques. .Que ce soit le FMI ou la Réserve fédérale, les interventions sont impotentes tout simplement parce qu'il y a crise de la confiance et de la crédibilité. Aucun plan de relance (quelque soient les centaines de milliards d'euros dépensés) ni aucune réforme ne seront suffisants tant que nos économies, nos entreprises et nos salariés seront soumis à une concurrence impossible, à un dumping social
3) Nouveauté par sa longueur :Les analyses de l'immense majorité des patrons, des économistes, banquiers, experts se partagent entre quatre types de crises : en U, en W en L voire en I.Il n' y a que Christine Lagarde pour envisager une crise en V avec rebond rapide : inutile de rêver ce scénario rose qui prévoit un redémarrage de l'activité dès la seconde moitié de l'année est purement irréaliste. Parce que bien que les gouvernements ait perfusé le système bancaire, il reste trop fragile. Le U représente une reprise lente vers la fin de 2010 après plusieurs trimestres de stagnation, possible à condition de la consommation ne flanche pas. Une crise en W : c'est la version demi-teinte la plus souvent retenue par les spécialistes : un léger rebond en fin d'année suivi d'une nouvelle chute en 2010, l'effet des plans de relance n'étant pas durable. Une crise en L : impensable il y a encore trois mois, ce scénario de déflation aurait une « chance » sur trois de se réaliser : on aurait une non croissance entre cinq et dix ans comme au Japon dans les années 90. Sachez que le système n'est pas encore purgé : le FMI ne fait pas mystère de ses craintes car près de 1400 milliards de dollar d'actifs toxiques n'auraient toujours pas été mis à jour dans le bilan des banques ! Et ce montant, forcément approximatif est réévalué tous les mois à la lumière de nouvelles découvertes dans la comptabilité des établissements financiers. Dans ces conditions on peut douter d'une réouverture rapide du robinet du crédit
Tout ceci est aggravé par deux facteurs
1) Un nouveau facteur aggravant risque d'éclater à l'Est : avec d'une part le déroute financière des pays de l'Est qui sont étranglés par une dette faramineuse, et d'autre part la chute des prix des matières premières en Russie. Si les réserves de change continuent de fondre au rythme actuel, la Russie pourrait se retrouver en cessation de paiement. Le directeur adjoint de l'OCDE a prévenu que « cela provoquerait un second tsunami dans la finance mondiale » ; selon lui , la probabilité de cette catastrophe frôlerait les 20%
2) Cette crise intervient dans un environnement alourdi par un contexte d'endettement explosif. Le seul élément d'ajustement sera une explosion des prix qui va provoquer une inflation galopante succédant à la déflation
Enfin, cette hypothèse en L ou en I qui est la pire, fait prendre le risque absolu : celui de ne pas honorer sa signature, autrement dit, : la banqueroute !
Conclusion au vu de ces éléments nouveaux : nous n'assistons pas à la turbulence d'un cycle comme dans les économies de marché sensibles à la conjoncture mais à une crise structurelle liée à une culture financière. C'est une crise des idées financières. Cette culture reposait sur une innovation perverse : la pulvérisation d'un risque en parcelles infimes afin de diminuer l'engagement . cette innovation est apparue comme le Nirvana des financiers, la pierre philosophale des banquiers ; La crise que nous traversons est certes d'abord en 1° apparence une crise technique mais elle n'est pas que cela ; Il ne s'agit pas d'une crise cyclique du capitalisme : ce n'est une crise financière qu'en surface, en profondeur c'est une crise structurelle
C'est une crise qui manifeste la vacuité et le caractère mensonger des postulats de base de notre société. Un exemple : le décrochage de la parité dollar-or décision engagée par Nixon, en pleine guerre du Vietnam pour consolider et renforcer le pouvoir de l'appareil militaro- industriel américain. Depuis 40 ans, nous avons ba^ti une économie hors bilan. Discrètement d'abord, puis de manière de plus en plus ouverte, les Etats occidentaux ont doté leurs économies des moyens de déconnecter les bilans des entreprises de la réalité de leur production. Les pays occidentaux ont fait le choix de générer une idéologie de croissance. Elle est fondée sur l'endettement et la mise en œuvre d'une spéculation hors-norme. C'est une construction idéologique reposant sciemment sur le mensonge celui d'une croissance artificielle, artificielle car dopée, dopée car appuyée sur des produits sans rapport avec la réalité de la production et de l'échange ; Pour réaliser ce tour de passe-passe on n'a pas hésité à sortir systématiquement du bilan toutes les prises de risque. On a multiplié les opérations hors bilan , les dirigeants, les commissaires aux comptes, les agences de notations, les organismes de contrôle public ont renié leur mission de contrôle pour assurer la transparence des comptes Cette démarche, disons le mot : malhonnête, ne peut durer qu'un temps
De façon plus large disons que nous vivons les conséquences de la mondialisation sauvage, d'une ouverture non maîtrisée des frontières. Les Etats occidentaux se vident de leur substance et la déflation exerce ses ravages sur la classe salariale
Au regard de tous ces nouveaux facteurs, cette crise nous invite à une réflexion sur l'agent, le seul acteur qui soit en dehors des forces du marché à savoir l'Etat. Elle est l'occasion de repenser le rôle et la place de l'Etat qui doit anticiper et gérer la crise
Or notre Etat est lui-même en situation de crise
II) La crise institutionnelle
impossibilité des réformes
l'Etat est la forme juridique de la souveraineté ; or il exerce de plus en plus mal cette souveraineté et se montre impuissant. Le paradoxe est qu'il remplit de moins en moins ses fonctions mais qu'il garde ses pouvoirs. C'est devenu une machine folle , qui tourne à vide ; et quand elle essaie de se réformer c'est dans la précipitation et l'inéfficacité
On assiste à la faillite d'un système qui est incapable de se réformer : on obtient des gesticulations, des mesures prises dans la précipitation, sans concertation ni consensus. On se retrouve un peu comme dans la situation de l'Urss avec un président Sarkozy qui fait penser à Gorbatchev : des réformes inachevées qui n'empêcheront l'effondrement
- exemple la réforme de l'Université : la pauvre Valérie Pécresse a fait l'unanimité contre son projet
- le bouclier fiscal, une faute impardonnable : ce cadeau aux grosses fortunes symbolise à lui seul toutes les injustices, que l'exacerbation de la crise rend insupportable. A l'heure des plan sociaux en rafale, la mesure semble insolente pour les français victimes de patrons voyous qui licencient car la crise à bon dos. L'exemple de Guadeloupe prouve q'un vaste mouvement social se prépare car la colère n'est plus canalisée par la justice sociale
Le problème est que le président actuel traite la fonction, non comme la charge d'une magistrature (la magistrature suprême) qui oblige à une certaine hauteur mais comme un poste « managérial » une tâche à accomplir, un boulot, un job. Ce boulot, le président Sarkozy consiste à réformer la République pour l'adapter aux temps modernes
Mais toute l'ambiguïté de son action tient au fait qu'il n'est pas certain qu'une réforme de la République soit une vraie réforme pour la France. Autant la France a besoin de réformes de longue durée qui la vivifient et qui nécessiteraient un Etat fort et durable, autant les tentatives de réformes du système républicain laissent l'observateur perplexe, tant ce système est en lui-même irréformable. Et c'est là que M. Sarkozy va s'user pour rien, et je dirais même plus c'est la République qui va s'user car elle ne se réforme pas
III) La rupture
Pourquoi passer cette soirée à analyser cette situation de crise, pourquoi, nous , Royalistes, avons notre mot à dire ? nous avons notre mot à dire sur la crise, sur l'Union européenne, sur le sens à donner à l'avenir de notre pays, nous avons des réponses : Robert de Prévoisin va nous en donner quelques éléments.
Nous sommes capables d'apporter une réponse originale au défi incroyable qui nous est lancé en tant que mouvement politique ; Car la réponse est politique. Nous sommes capables de créer une véritable rupture, une alternative à l'impasse dans laquelle la France est bloquée
La politique c'est une affaire d'hommes et une affaire d'événements. Rien n'est donc jamais perdu, dans le cours des événements il y a de nombreux facteurs qu'on ne maîtrise pas
Tout est possible !
Tout est possible pour une rupture avec cet Ancien Régime républicain ; nous voulons instaurer un Nouveau Régime. Et la chance de cette rupture c'est de s'y préparer : il faut donc penser les événements, penser la crise et jeter les bases d'une refondation
Souvent on se dit que les gens intelligents ne sont pas là où il faut(il suffit de regarder le personnel politique, il suffit de regarder la composition du Conseil général : « des bouffons »). D'où la nécessité des réseaux , tisser des liens, prendre contact, garder contact afin de former cette toile qui ne doit pas être seulement virtuelle
Beaucoup diront, la monarchie c'est une utopie !
Je dirais d'abord que ce n'est pas une utopie, c'est un idéal. Ensuite c'est possible, regardez l'Espagne en 1974
D'abord il ne faut jamais préjuger des sentiments des Français : d'abord parce qu'une foule est imprévisible, versatile. Ensuite parce que les Français ont gardé une certaine idée de la France ils sont fiers de leurs gloires anciennes. La nature profonde de notre pays c'est la monarchie
Ensuite parce qu'il existe toujours un remède à côté du mal. Ils y a toujours des germes de renaissance. Bien sûr vous allez rétorquer : les Chouans, les Vendéens, le comte de Chambord, tous ces échecs tous ces abandons. Il ne faut pas se laisser prendre au piège de ce que j'appelle le romantisme de la défaite, c'est une tentation qui nous empêche d'agir
Sandrine Pico-Deprez