Les peuples avaient dit « non », par instinct, avec une certaine sagesse ; ils devinaient qu'une bureaucratie irresponsable voulait leur faire avaliser une constitution dont ils ne voulaient pas. Les oligarchies politiciennes - car comment les appeler autrement ?- ont décidé de passer outre. La constitution fut déguisée en traité international ; ce statut permettait dans presque tous les pays d'échapper au référendum populaire qu'on savait à l'avance négatif ; il devenait possible d'user de la voie parlementaire où n'en jugeaient que des personnes affiliées à un système et qui, par esprit de parti, y trouvaient un intérêt électoral. Les questions de liberté, de souveraineté, d'indépendance, d'honneur, furent encagées dans la nasse politicienne des trafics d'influence.
Les irréductibles Irlandais furent sommés de revoter ; à un an de distance - il faut le faire ! - ils s'exécutèrent, et moyennant des concessions qui sont censées sauvegarder quelques-unes de leurs libertés morales - et pour combien de temps ? -, approuvèrent ledit traité qu'ils avaient rejeté. Ô souveraineté populaire, que ne te fait-on dire ? Il est, d'ailleurs, à noter que pas un peuple ne sait au juste à quoi les autres peuples se sont engagés, tant il y a de protocoles et de textes additionnels annexés au traité. Seuls, ou presque seuls, les Français ont le droit de subir l'ensemble des obligations ! Ces petites tromperies ne font qu'ajouter à la tromperie générale du procédé employé. Restait à arracher la signature du dernier chef d'État, le président tchèque, Vaclav Klaus, qui, au nom de la liberté des peuples et de son peuple, s'était installé dans une position de refus au grand dam de toute la politicaillenie européiste.
Une dernière manoeuvre, début novembre, auprès de la Cour constitutionnelle tchèque le contraignit à signer. L'encre était à peine séchée que les chefs d'État et de gouvernement étaient convoqués à Bruxelles. Il s'agissait de désigner et tout de suite - les deux nouveaux dirigeants de l'Union européenne ainsi refaçonnée : le président nommé pour deux ans et demi dont le mandat est renouvelable et le haut représentant pour les Affaires étrangères et la Sécurité.